Les deux chants du Front National Corse de Libération de la France.

Les deux chants du Front National Corse de Libération de la France.”

 

« A Sampiera », écrit par Jean Nicoli et Tony Ogliastroni durant l'occupation fasciste

 

Ritti Corse! Corsi ritti!                            Debout Corses! Corses debout!
Siatti corsi e francesi!                            Soyez corses et français!
Ritti Corse! Corse arditi!                        Debout Corses! Corses hardis!
Morti, morti à li lucchesi!                        Mort, mort aux Lucquois!

 

Eccu tanti è troppi mesi                         Voilà tant et trop de mois
Chi u lucchesu hè in terra corsa            Que le lucquois est en terre corse
Prima timidu è curtesi                            D'abord réservé et courtois
Oghji hè fieru è faci forza                       Aujourd'hui fier et montrant sa force
Senza rima nè ragnioni                          Sans rime ni raison
Ci vol' mettaci in prighjoni                       Il veut nous mettre en prison.

 

Ch'à lu son' di lu culombu                      Que le son du colombo
Da li monti à la marina                           De la montagne à la mer
S'attruppi tuttu lu mondu                        Mobilise tout le monde
L'annezzioni s'avvicina                          L'annexion nous menace
E com'e in tempu anticu                        Et comme au temps jadis
Femu fronti à u numicu                          Dressons-nous face à l'ennemi

 

Chi da cità, da vangoni                          Que des villes, des vallées
Da pasciali è de paesi                           Des hameaux et des villages
Sortinu li battaglioni                                Surgissent des bataillons
E treminu li lucchesi                               Et que tremblent les lucquois
Nun vulemu d'altra sorti                         Nous ne voulons d'autre sort
Libertà o la morti                                    Que la liberté ou la mort!

 

Sott’à la nostra bandiera                        Que sous notre drapeau
E sott’à li trè culori                                 Et sous les trois couleurs
Ch’elle schiatti la Sampiera                   Eclate la Sampiera
E s’infiaminu li cori                                 Et s’enflamment les coeurs
Ch’ella porti lu tarrori                              Qu’elle porte la terreur
Frà numichi è traditori                            Parmis les ennemis et les traîtres

 

Fiera di li nostri antinati                          Fiers de nos ancêtres
E di la più bella storia                             Et de la plus belle histoire
Sopra li nostri suldati                             Qu'au-dessus de nos soldats
Stendi l’ali la vittoria                               La victoire déploie ses ailes
Cundutta cun gran’ mistieru                  Amenée avec maîtrise
Par la spada di Sampiero                      Par l’épée de Sampiero

"L’année où il mourait décapité par les chemises noires italiennes le 30 Aout 1943 à Bastia, Jean Nicoli composait avec Tony Ogliastroni  " A Sampiera ". Comme dans « le chant des maquisards », qui seront les deux chansons phares du « Front National », les mêmes éléments identitaires apparaissent. La figure historique de Sampieru Corsu représentant la réconciliation avec la France est préférée à celle de Pasquale Paoli marquée du sceau du séparatisme.  Car c’est bien pour la France et contre le fascisme qu’il faut lutter : Ritti corsi ! Corsi ritti Siamo Corsi è francesi ! ( … ) Sott’à la nostra bandiera  E sott’à li trè culori. Dans ce jeu complexe d’appartenances, les identités multiples ne semblent être des freins inconciliables mais autant de moteurs pour l’action. "Source Corse Net Infos

 ET pour écouter l' Hymne de Sampiero, chant traditionnel corse. Version orchestrée par Maurice Ravel en 1896. Chanté par François Philippe Barbolosi et le chœur A Filetta. Ensemble orchestral comprenant : mandoline, violons, alto, violoncelle, harpe et orgue. cliquer ici https://www.youtube.com/watch?v=2hC_wfqUI2U
Austin de Croze - grand connaisseur et collecteur de musique traditionnelle corse - écrivait à propos de cet Hymne de Sampiero : "Ce chant remonterait à la seconde moitié du 16ème siècle. Sans doute composé pour servir de marche guerrière aux troupes de Sampiero. Chant solennel comme un hymne, farouche comme la liberté, fier comme la gloire."
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Le chant des maquisards », écrit par Simon Vinciguerra en 1943

 

« L'auteur mobilise d'une part le rejet historique de l’'italien “U nemicu ha vercatu lu mare”  et d'autre part, des élements de l'’imaginaire corse : Sampieru Corsu revient lui-même sonner le Culombu, la conque marine de la révolte, les figures romantiques du maquis ou du bandit d’'honneur “Machja corsa, banditi d’onore”.
…A l'’appel de la grande et de la petite patrie s'ajoute aussi l'’aspiration à l'’universel, position naturelle pour un communiste en lutte contre le totalitarisme : “E speranza di l'’umanità (……) per un mondu di fraternità”. »
  Damien Bianchi

Il existe peu de versions chantées de ce texte historique. On en retrouve notamment une au début du documentaire « Tous bandits d’'honneur ! », produit par Hyacinthe Choury, fils de Maurice Choury, un des principaux protagonistes de la résistance corse. http://www.tousbanditsdhonneur.fr/le-film.html

I

Di a guerra e scoppiatu lu rombu.
U nimicu ha bercatu lu mar
Ma Sampieru ha sonatu Culombu
E all'armi ci torn'a chimar.

II

Porta in senu la Patria chi langue
E speranza di l'umanità.
Ed e pronta a spossà la so sangue
Per un mondu di fraternità.

Ripigliu

Macchi corsa ! Banditi d'onore
No'saremu in nome d'a Libertà.
Ritti o Corsi per vince o per more
Tutt'uniti, in una voluntà !

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I

Le fracas de la guerre a éclaté.
L'ennemi a franchi la mer
Mais Sampiero a sonné le Colombo
et il nous rappelle aux armes.

II

La Patrie douloureuse porte en son sein
Les espoirs de l'humanité.
Et elle est prête à épuiser son sang
Pour un monde de fraternité.

Refrain

Maquis corse ! Nous serons bandits d'honneur !
Au nom de la Liberté.
Corses debout pour vaincre ou pour mourir
Tous unis dans une même volonté !

 

"Le « Chant des maquisards corses » a été composé par Simon Vinciguerra au « maquis » en 1943 pendant l’occupation des italiens fascistes en territoire Corse. Le maquis était le refuge des résistants qui étaient alors, selon l’expression de l’époque, « dans la nature ». Le « maquis » est devenu, par la  suite, emblématique de la Résistance et le « maquisard », son incarnation.

Ce chant est un appel à la résistance et à la mobilisation. Il est destiné à donner du courage à ceux qui se battent et à inciter les autres à le faire. Pour cela, rien de mieux que de faire référence à l’identité corse. A cette époque, où patriotisme français se confond avec patriotisme corse, l’identité insulaire occupe une place centrale. Simon Vinciguerra mobilise d’une part le rejet historique de l’italien ("U nemicu hà bercatu lu mar")  et d’autre part, des éléments de l’imaginaire corse :  par exemple, comme dans «  A Sampiera » de Jean Nicoli, il fait référence à « Sampieru Corsu », qui ici revient lui-même sonner le « culombu ». A l’appel de la grande et de la petite patrie s’ajoute aussi l’aspiration à l’universel : "E speranze di l’umanità (…) per un mondu di fraternità”.

Il n’existe, à l’heure actuelle, que peu de versions chantées de ce texte historique. On en retrouve notamment une au début du documentaire de Maurice Choury, protagoniste principal de la résistance corse, « Tous bandits d’honneurs ».

Le poème est composé de deux couplets et un refrain, chaque quatrain étant en rimes croisées. On retrouve le rythme croche pointée double très fréquemment utilisé dans la chanson guerrière. Comme dans les autres chants analysés, l’indication de mesure est binaire, car c’est une indication de mesure qui donne aux chants un caractère de marche. L’ambitus de la chanson est assez restreint afin d’être chanté aisément.

Simon Vinciguerra hè natu in Pietra-di-Verde in u 1903 è mortu in Bastia in u 1971. Prufissore di storia è di geografia in Aix, è dopu in Bastia, fin’à so ritirata in u 1964. Hà sempre diffesu a lingua corsa : pensava chì a nostra lingua duvia esse amparata. Facia parte di u muvimente liberariu « A Muvra ». Facia ancu parte di u muvimentu contr’à u fascisimu in Spania. Era dinù prufissore, a sera, in « a scola di zia Peppa » per quelli ch’ùn pundianu micca studià. In u 1941, hè cun quelli ch’urganizeghjanu a resistenza in Bastia. Scrive foglie di prupaganda in talianu per demuralizà i suldati taliani. Dopu a guerra, si mette à u serviziu di a lingua corsa cù u ghjurnale « U Muntese ». Hà scrittu puesie, cumedie, una storia di a Corsica, una storia di a Resistenza. In u 1992, anu dattu u nome di « Simon Vinciguerra » à u cullegiu di Bastia ind’è hà insignatu".

Source Collection « Armunia » regroupant des réalisations d’élèves en Education Musicale sous la direction de leur professeur Emmanuelle Mariini. Ce travail pédagogique a été retenu par le Rectorat pour figurer parmi les projets innovants de Corse.